Les techniques de base, dans l'ordre : lire la rivière, la batée, la rampe, le tamis, puis reconnaître l'or.
Lire une rivière — où l'or se dépose
L'or est très lourd (densité ~19, presque 7× le sable). Dans le courant, il se déplace peu et se piège dès que l'eau ralentit ou rencontre un obstacle. Chercher là où le courant perd de la force :
Intérieur des courbes (banc de galets en pente douce) : le courant y ralentit, l'or s'y dépose.
Devant et derrière les gros blocs : zones mortes où tout ce qui est lourd tombe.
Fissures du bedrock (roche en place) : le vrai « coffre-fort ». Le gravier au contact du bedrock est le plus riche.
Sortie de gorge / après un rapide : l'eau accélère puis ralentit brutalement → dépôt.
Racines, embâcles, pieds d'arbres : pièges naturels très efficaces.
Confluences : un affluent casse le courant du cours principal.
Anciens lits et terrasses (paléochenaux) : exactement ce que révèle la couche LiDAR (relief sol nu) de la carte, sous la végétation.
La Gold line, ou ligne d'or : les grains lourds peuvent se concentrer le long d'un alignement dans une couche de graviers. Si plusieurs tests successifs donnent, poursuis des petits échantillons dans les deux directions et à différentes profondeurs. Le terme anglais pay streak est souvent utilisé comme synonyme, mais une ligne positive ne garantit ni richesse ni continuité sur toute sa longueur.
Lire le relief (LIDAR) — repérer les paléoplacers
L'or est lourd : il se concentre là où l'eau ralentit, aujourd'hui comme autrefois. La couche Relief / estompage (LIDAR) de la carte montre la forme du terrain — donc les traces d'anciennes rivières invisibles sur une photo. Un paléoplacer est un ancien dépôt (souvent une terrasse ou un lit abandonné) dont les graviers ont pu concentrer l'or sur des millénaires.
Sur le gris de l'estompage, cherche ces cinq formes :
Terrasses anciennes — des replats plats perchés un peu au-dessus du lit actuel, bordés d'un petit talus. Ancien niveau de la rivière : ses graviers ont eu le temps de concentrer l'or.
Paléochenal (méandre abandonné) — un sillon courbe en croissant dans la plaine, détaché de la rivière actuelle. C'est le tracé d'un lit que la rivière a quitté ; il ressort en creux gris plus sombre, souvent en fer à cheval.
Intérieur des méandres — sur chaque courbe, le côté intérieur (la corde de l'arc) est là où le courant ralentit et lâche les grains lourds.
Confluences — juste en aval d'un affluent qui se jette dans la rivière : la turbulence fait décanter l'or.
Seuils / ruptures de pente — une barre rocheuse en travers du lit agit comme un piège naturel, à la manière d'un riffle de batée géant.
Méthode : active l'estompage à ~100 % d'opacité, zoome sur une vallée aurifère (zoom 12–15) et balaie le fond de vallée. Quand tu repères une de ces formes, croise-la avec la couche géologie (les alluvions Fz/Fy sont les bons terrains) et la couche rivières aurifères. L'intersection « forme favorable + alluvions + rivière documentée » est ta meilleure piste.
C'est un indice, pas une preuve : beaucoup de paléochenaux sont stériles. Et une forme favorable ne dit rien de l'accès, de la propriété ni de la réglementation — à vérifier séparément avant toute sortie.
La batée (pan) — pas à pas
Remplir la batée de gravier/sable pris au bon endroit, aux deux tiers.
Immerger, casser les mottes d'argile à la main, retirer les grosses pierres après les avoir rincées au-dessus de la batée.
Tasser : secouer horizontalement sous l'eau (mouvements courts, avant-arrière + rotation). Ça stratifie : le lourd (l'or) descend au fond, le léger remonte.
Incliner légèrement la batée vers l'avant et laisser partir les matériaux légers par petits mouvements de balancier.
Répéter tasser / incliner : à chaque cycle on perd du léger et on garde le lourd.
Concentré : il reste les sables noirs. Finir avec peu d'eau, mouvements doux, en faisant tourner : l'or apparaît en queue derrière les sables noirs.
Astuces : eau claire et patience ; au début, repasse tes rejets pour vérifier que tu ne perds pas d'or ; garde toujours le même angle.
La petite rampe (sluice) — pour plus de volume
Une petite rampe (canal avec riffles + tapis) traite bien plus de gravier que la batée : l'eau passe, les riffles créent des turbulences qui piègent le lourd sous le tapis. Classer (tamiser) l'alimentation améliore le rendement. On récupère le concentré en rinçant le tapis, puis on finit à la batée.
La « petite rampe » manuelle est généralement admise comme moyen traditionnel, mais tout moyen mécanisé est interdit (drague, aspiration, motopompe) et certains départements restreignent la rampe ou sa taille. Vérifie la fiche rivière / ton département avant de t'équiper.
Le jig manuel — classer un lit par densité
Un jig ne fonctionne pas comme une simple passoire. Il met en mouvement un lit de grains immergé par des pulsations verticales régulières. À chaque impulsion, le lit se dilate ; quand il retombe, les grains se réorganisent. Après plusieurs cycles, les grains denses tendent à migrer sous les grains plus légers.
Le résultat dépend à la fois de la densité, de lataille et de la forme des grains. Un gros grain léger peut se comporter comme un petit grain dense : c'est pourquoi le classement granulométrique est essentiel.
1. Préparer une tranche de taille régulière
Retire les gros galets et les racines, puis rince l'argile qui colle les grains entre eux.
Travaille par classes de taille proches, par exemple gros gravier, gravier moyen puis fin. Évite de mélanger immédiatement des blocs et du sable très fin.
Ne surcharge pas le tamis : le lit doit pouvoir se soulever et se retasser librement.
2. Créer une pulsation régulière
Immerger complètement le tamis dans un bac ou une zone d'eau calme, sans courant latéral important.
Soulever brièvement de quelques centimètres pour dilater le lit, sans projeter les grains hors du tamis.
Laisser retomber le lit avant l'impulsion suivante. Le tassement fait partie de la séparation.
Répéter avec une amplitude et un rythme constants. Commence par des mouvements modérés, puis ajuste selon la mobilité du lit.
3. Lire et récupérer les couches
Après plusieurs cycles, les éléments légers occupent davantage le haut du lit tandis que les grains lourds se concentrent vers le bas. Retire progressivement la couche supérieure ou retourne le tamis sur une surface propre. Isole la partie qui était au fond, puis termine à la batée. Pour les fines, travaille au-dessus d'un bac afin de pouvoir contrôler les pertes.
Réglages simples
Le lit ne bouge presque pas : réduis la charge ou augmente légèrement l'amplitude.
Les grains sautent hors du tamis : l'amplitude ou le rythme est trop fort.
Le concentré reste mélangé : reclasse par taille, enlève l'argile et prolonge les cycles sans accélérer brutalement.
Les fines disparaissent : utilise une maille plus adaptée, ralentis le mouvement et récupère les rejets dans un bac.
Erreurs fréquentes
confondre un jig avec un simple tamis secoué latéralement ;
mélanger des tailles extrêmes dans la même passe ;
remplir le tamis jusqu'au bord ;
faire des mouvements violents et irréguliers ;
jeter les couches supérieures sans les contrôler au début ;
croire qu'un concentré lourd prouve la présence d'or.
Le jig manuel peut être considéré comme un tamis ou un moyen traditionnel dans certains cadres, mais le matériel accepté dépend des prescriptions locales. Déclare précisément le matériel prévu et vérifie la réponse administrative avant la sortie.
Le concentré : lire ses sables noirs
Ce qui reste au fond après vannage, et comment le reconnaître :
Magnétite — oxyde de fer Fe₃O₄ dense et fortement magnétique. Elle peut former une part importante du concentré et réagit nettement à l'aimant.
Hématite — noir à rouge, trace rouge ; non magnétique (ou faiblement).
Grenat — grains rouges/roses translucides, souvent nombreux.
Barytine — blanche/claire mais anormalement lourde, non métallique.
Or — jaune, brillant même à l'ombre et sous l'eau, ne ternit jamais, reste au fond quoi qu'il arrive.
Les « sables noirs » ne sont pas un minéral unique : ils peuvent mélanger magnétite, ilménite, hématite, grenats, zircon, rutile et d'autres grains lourds. Un aimant peut aider à séparer une partie magnétique, mais la présence de sable noir ne garantit jamais l'or.
Or vs « or des fous » (pyrite, mica, chalcopyrite)
Le piège classique. Tests simples, sans matériel :
Éclat à l'ombre : l'or brille toujours, même à l'ombre et sous l'eau. La pyrite et le mica scintillent au soleil mais deviennent ternes/gris/noirs à l'ombre.
Forme : or = grains arrondis, lisses, « mous ». Pyrite = cubes / facettes anguleuses. Mica = paillettes plates très légères qui s'envolent ou flottent.
Densité : l'or est très lourd et ne bouge pas au vannage ; pyrite et mica partent facilement avec les légers.
Malléabilité : sous une pointe, l'or s'écrase / se raye (se déforme). La pyrite se casse / se pulvérise.
Trace (streak) sur une céramique : or = jaune ; pyrite = noir verdâtre.
Ternissement : l'or ne ternit pas ; la pyrite ternit avec le temps.
Règle simple : si ça brille encore à l'ombre, que c'est lourd et que ça se déforme sans casser → c'est de l'or.